Le président philippin affirme avoir tué lui-même pour montrer l’exemple

jeu, 12/29/2016 - 12:49

Rodrigo Duterte a expliqué comment il avait procédé à des exécutions sommaires de délinquants lorsqu’il était maire de Davao.

Le président philippin, Rodrigo Duterte, a affirmé avoir personnellement tué des criminels présumés à l’époque où il était maire de Davao, grande ville du sud de l’archipel, afin de montrer l’exemple à la police.

Il a fait ces déclarations, lundi 12 décembre, au palais présidentiel devant des hommes d’affaires avec lesquels il évoquait sa campagne contre la drogue, qui a fait des milliers de morts depuis son entrée en fonction, le 30 juin, victimes abattues par la police ou des inconnus.

Après avoir parlé des meurtres commis par des policiers, M. Duterte a expliqué qu’il avait agi de manière similaire lorsqu’il était maire de Davao, ville qu’il a gouvernée pendant le plus clair des vingt dernières années.

« A Davao, je le faisais personnellement, juste pour montrer aux gars [de la police] que si je peux le faire, pourquoi ne pourraient-ils pas le faire ? J’allais dans Davao avec une moto et je patrouillais dans les rues, à la recherche de problèmes. Je cherchais vraiment l’affrontement pour pouvoir tuer. »

Il n’a pas l’intention d’arrêter

L’avocat de 71 ans a répliqué aux objections des défenseurs des droits de l’homme et du président américain, Barack Obama, en assurant qu’ils ne l’intimidaient pas avec leurs critiques et qu’il n’allait pas s’arrêter là.

Devant des expatriés philippins lors d’une visite au Cambodge mardi, M. Duterte a plaisanté sur le sujet, rapportant qu’en tant que maire il accompagnait les policiers et tirait à vue sur des suspects.

« Parfois, j’allais avec eux. Si vous dites que j’ai abattu quelqu’un, peut-être que je l’ai fait. Je fermais les yeux car j’ai peur de tirer. »

Les défenseurs des droits de l’homme l’ont accusé d’avoir dirigé à Davao des escadrons de la mort, qui ont tué plus de 1 000 personnes, dont des enfants.

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Engraisser les poissons de la baie de Manille

M. Duterte a tantôt démenti tantôt reconnu avoir joué un rôle dans ces escadrons de la mort. Depuis son arrivée au pouvoir, il a multiplié les déclarations tonitruantes, allant même jusqu’à traiter Barack Obama de « fils de pute » au début de mois de septembre. Et il s’est récemment comparé à Adolf Hitler en affirmant qu’il serait « heureux de massacrer » trois millions de toxicomanes, il s’est ensuite excusé auprès des juifs tout en réaffirmant son souhait de tuer les drogués.

D’après les chiffres officiels, la police a abattu 2 086 personnes en cinq mois dans des opérations antidrogue et plus de 3 000 autres ont trouvé la mort dans des circonstances inexpliquées. Pendant sa campagne, Duterte avait annoncé qu’il étendrait à tout l’archipel sa politique de répression municipale. Il a promis que 100 000 délinquants seraient assassinés et que les cadavres engraisseraient les poissons de la baie de Manille.

Bien souvent des hommes masqués font irruption dans les bidonvilles pour tuer les gens qui ont été signalés comme des trafiquants ou des toxicomanes. Des acteurs de la société civile dénoncent la fin de l’Etat de droit, parlant de policiers et de tueurs à gages qui agissent en toute impunité. Mais d’après M. Duterte la police agit en état de légitime défense et de nombreux décès résultent de règlements de comptes entre bandes criminelles. Il a dans le même temps affirmé qu’il ne permettrait pas que des policiers reconnus coupables de meurtres dans le cadre de sa campagne antidrogue aillent en prison.

Les sondages montrent que les Philippins soutiennent très largement la croisade présidentielle, jugeant comme lui que c’est la seule façon d’empêcher l’archipel de devenir un « narco-Etat ».

En septembre, un homme se présentant comme un tueur repenti avait déclaré devant le Sénat que Duterte avait lui-même tué un enquêteur du ministère de la justice et ordonné le meurtre d’opposants quand il était maire de Davao. Edgar Matobato avait assuré qu’une victime avait été jetée aux crocodiles. L’entourage du président a démenti ces accusations, cherchant à discréditer son témoignage. La présidente de la commission d’enquête sénatoriale, Leila de Lima, avait à cette occasion été écartée.

lemonde.fr

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