
Je suis tombé, presque par hasard, sur les récentes nominations issues du dernier Conseil supérieur de la magistrature. Comme tout citoyen attentif à la chose publique, j’ai parcouru les listes, non par curiosité vaine, mais par respect pour une institution qui incarne, en dernier ressort, la conscience juridique de l’État.
Une absence m’a alors frappé. Celle d’un grand magistrat. Sidi Mohamed Cheine.
Non pas une absence ordinaire, mais une omission qui interroge, tant ce nom est associé, depuis des années, aux fonctions les plus exigeantes, aux missions les plus sensibles, là où le dtoit engage directement la crédibilité de l’état, à ces responsabilités que l’on ne confie qu’aux profils éprouvés, là où la justice cesse d’être confortable.
Issu d’une formation d’élite ; façonnée entre la France, la Tunisie et un long compagnonnage avec les droits fondamentaux ; Sidi Mohamed Cheine appartient à cette catégorie rare de magistrats bilingues qui ne se contentent pas d’appliquer la loi, mais en interrogent le sens, les sources et la portée humaine. Magistrat de premier degré depuis 2020 qui a présidé des juridictions majeures dans le système judiciaire du pays( Lutte contre le terrorisme, Esclavage et le trafic illicite des migrants), il s’est imposé très tôt comme un précurseur, capable de faire dialoguer la loi musulmane, le droit comparé, la jurisprudence occidentale et les principes universels des droits de l’Homme sans jamais les opposer.
Mais son parcours ne se résume pas à ses diplômes ni à ses fonctions. Il y a aussi un lieu, et une école invisible : Nouakchott. Cette capitale où beaucoup d’entre nous ont grandi loin des appartenances étroites, loin des clichés réducteurs, dans un espace encore brut, encore mêlé, où l’on apprenait très tôt à se définir non par ce que l’on est, mais par ce que l’on sert.
Nous, anciens Nouakchottois, savons ce que cela signifie : une forme de patriotisme instinctif, presque silencieux, qui ne revendique ni étiquette, ni communauté, ni couleur, ni privilège : seulement l’idée que la République prime sur tout.
C’est sans doute là que se forge ce trait qui distingue Sidi Mohamed Cheine : cette capacité à ne voir dans le droit ni une arme, ni une machine à sou, ni un refuge identitaire, mais un outil d’équité et de cohésion.
Ses motivations judiciaires, toujours saluées dans les cercles spécialisés, en sont une illustration éclatante. Elles ont montré, avec rigueur et sérénité, que la charia, lorsqu’elle est servie par le savoir et l’honnêteté intellectuelle, peut constituer un fondement moderne, rationnel et profondément humain du droit. Une démonstration rare, respectée, et remarquée bien au-delà de nos frontières et par les partenaires.
Dès lors, une question demeure, posée sans procès d’intention :cette absence apparente dans les nominations visibles est-elle une simple contingence administrative, ou le signe qu’un esprit avisé lui réserve une mission encore plus sensible ?
Je sais que le Président de la République lui connaît bien cet homme. Il connaît sa rigueur, ses capacités, son sens de l’État, son goût pour les dossiers difficiles ; ceux que l’on confie à ceux qui ne cherchent ni l’exposition ni la facilité. Sidi Mohamed Cheine est de ces magistrats que l’on mobilise lorsque la justice devient un test de crédibilité pour l’État lui-même.
Il est permis, dès lors, d’espérer et même de souhaiter de le voir très prochainement appelé à un poste qui sied pleinement à la richesse de son parcours, à sa stature intellectuelle, à sa conception exigeante de la magistrature, à notre attente nous autres observateurs engagés.
Car les États sérieux savent que certains hommes ne sont pas faits pour occuper des fonctions ordinaires, mais pour porter, dans les moments décisifs, le poids du droit et l’honneur de servir.
Le reste, comme toujours, n’est que circonstance.
Haroun Rabani
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